No, we don’t live in a yellow submarine !

Publié le 4-Janvier-2020, par Christophe.

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Existe-t-il un pays merveilleux ? Un pays où tout le monde peut se payer le dernier smartphone à la mode à plus de 1.000 euros, où tout le monde roule à 200 km/h en gros SUV allemand diesel sur des routes où l’asphalte est aussi lisse que la surface d’un billard, où tout le monde possède une maison de plus de 120 m², où tout le monde peut se faire soigner à un prix dérisoire, sans cotiser le moindre centime (parce que les riches du pays cotiseront pour eux), ni payer le moindre impôt (sauf pour les plus riches qui financeront le pays), sans avoir à travailler avant 30 ans pour étudier gratuitement sans contrainte et en étant à la retraite après 60 ans (voire moins), et en étant bien évidemment rondement rémunéré pour subvenir aux besoins énumérés en début de phrase... En Russie (ou dans les pays de l’Europe de l’Est), on a bien essayé le communiste au XXème siècle, mais ça ne convenait pas dû au manque de liberté, bien que côté éducation et santé, ça semblait tenir la route... Donc, niet ! La Russie du XXème siècle ne peut être candidate au titre de pays merveilleux... Et les USA, le pays du rêve américain, où tout le monde possède un gros pick-up et une grande maison ? Enfin, presque tout le monde, il y a juste quelques centaines de milliers de malheureux incapables de se faire soigner pour préserver le droit à la liberté des autres... Pour moi, c’est no ! Ce pays ubuesque ne peut pas prétendre au titre de pays merveilleux. Mais alors, pourquoi pas le Bhoutan dont le gouvernement a remplacé le PIB, le «Produit Intérieur Brut» (les gros sous), par le BIB, le «Bonheur Intérieur Brut», pour mettre en avant le bonheur des sujets de ce petit royaume de l’Himalaya ? Serait-ce le pays merveilleux que les autres pays du monde devraient copier et ainsi, le bonheur de tous les citoyens français (car finalement, on s’en fout des autres pays) serait assuré ?

Le Bhoutan où l’espérance de vie est de 70,2 ans, contre 82,2 ans en France... Pour moi, cet indice prouve que le système de santé n’est pas aussi performant au Bhoutan qu’en France mais regardons un autre indice qui permet de confirmer cela, la mortalité infantile (en 2016) : 33,9 enfants pour mille naissances, ce qui veut dire qu’au Bhoutan, plus de 3 enfants sur 100 meurent avant d’avoir un an. En France, la mortalité infantile n’est que 3,9 enfants pour mille naissances, 10 fois moins. En 2016, la France était au 45ème rang mondial en termes de mortalité infantile alors que le Bhoutan était au 178ème rang ! Les échographes ou les scanners ne sont pas fabriqués au Bhoutan. Les prix élevés de ces équipements sont quasiment les mêmes partout dans le monde et c’est certain qu’un pays avec un fort PIB peut plus facilement en acheter qu’un pays à fort BIB... La France peut acheter de tels équipements pour ses hôpitaux ou cliniques, grâce aux impôts, taxes et cotisations que paient ses habitants, ce qui ne semble pas être le cas du Bhoutan vu son taux de mortalité infantile. Mais bien sûr, on est malheureux en France, alors qu’on est super heureux au Bhoutan... Sans oublier qu’en France, on était plus heureux avant, quand il y avait des hôpitaux dans toutes (ou presque) les campagnes, à l’époque où l’on n’avait pas des équipements comme des scanners à un million d’euros dans ces hôpitaux et que l’on avait une espérance de vie de 10 ans moindre...

Mais peut-être que les Bhoutanais sont heureux parce qu’ils peuvent rouler à plus de 80 km/h au volant de leur gros SUV diesel ? Question absurde, j’en conviens... Le réseau routier bhoutanais, très sommaire, suit les anciens chemins caravaniers et compte très peu de ponts ou de tunnels (le pays est situé dans l’Himalaya, une zone de très hautes montagnes qui rendent la construction de routes difficile et chère). Il faut généralement mettre 8 heures pour parcourir deux cents kilomètres, ce qui fait une moyenne de 25 km/h... De plus, pour éviter d’importer de l’essence (le diesel est une spécificité européenne, la plupart des voitures de tourisme tournent à l’essence dans le reste du monde), le gouvernement bhoutanais a, pendant un temps, purement et simplement interdit l’importation de voiture à essence, pour n’autoriser que les véhicules électriques (le Bhoutan possède 4 usines hydro-électriques qui produisent l’équivalent d’un puissant réacteur nucléaire, ce qui est suffisant pour un pays rural de 2,7 millions d’habitants qui consomment peu d’énergie électrique). En comparaison, en France, le gouvernement a juste essayé de taxer le diesel... De toute façon, avec un salaire moyen de 209 $US, peu de Bhoutanais possèdent une voiture. Au mieux, ils ont un deux-roues motorisé pour se déplacer ou ils utilisent les transports en commun, ou tout simplement, ils limitent leurs déplacements. Hors de question pour un Bhoutanais de faire 20 km pour aller acheter une baguette de pain au supermarché, quitte à brûler 2 litres de diesel, afin de gagner 5 ou 10 centimes sur la baguette par rapport à la boulangerie locale qui a fini par fermer ses portes par manque de clients qui lui préféraient le supermarché... Les Bhoutanais sont quasiment obligés d’acheter aux petits commerçants locaux, ou de cultiver et de produire eux même leur nourriture, en peu comme en France dans les années 60.

Alors, les Bhoutanais seraient-ils heureux parce qu’ils vivent dans un pays où l’air est pur, sans pollution ? Le Bhoutan possède une économie fondée sur l’agriculture en grande partie vivrière, l'élevage, l’exploitation forestière et la vente à l’Inde d’électricité d’origine hydraulique. Le Bhoutan ne possède quasiment pas d’industrie. De ce fait, C’est un pays à émission de CO2 négative (il en absorbe plus qu’il en émet grâce à ses forêts luxuriantes et du peu d’émissions sur son territoire) mais ses habitants ne se vautrent pas dans la société de consommation comme nous le faisons en France. Mais je crois que si l’on demandait à la population française d’adopter le même mode de vie, plus de 90 % de celle-ci auraient dû mal à se passer de leurs voitures, de leurs télévisions 4K, de leurs smartphones, choses que ne possèdent pas une grande partie de la population bhoutanaise. Pour affronter les années futures en essayant de limiter la casse côté préservation de la planète, il faudrait certainement adopter le mode de vie des Bhoutanais, mais est-ce vraiment cela que veut la population française ?

Il semble que le bonheur soit ailleurs mais en fait, la vraie question est : comment savoir si les mesures économiques ânonnées par certains personnages politiques, ou autres «gilets jaunes», peuvent réellement produire le bonheur espéré ou rêvé ? Par exemple, que pourrait provoquer une sortie de l’Europe et le retour à une monnaie nationale : la perte des marchés à l’exportation ou un renforcement du marché intérieur ? Certainement que les deux effets seraient visibles mais je crois plus à un effondrement de l’économie française car le monde a évolué depuis 30 ou 40 ans... Où sont fabriqués les smartphones, tant plébiscités par les Français ? Comment est produite l’électricité pour charger les smartphones et alimenter les antennes relais du réseau GSM, équipements énergivores ? Où sont situées les mines d’uranium ? L’état français doit-il protéger les ressortissants français qui travaillent dans les mines d’uranium, quitte à mener une guerre contre les djihadistes au Tchad ? Faut-il alors revenir aux centrales électriques au charbon pour abandonner le nucléaire, sans avoir recours aux éoliennes puisqu’elles dénaturent le paysage ? Puis, avec quel argent sont achetés l’uranium, le pétrole et les smartphones ? Il faut bien des entrées d’argent en provenance d’autres pays, pour équilibrer la balance commerciale. Il faut donc exporter et donc être en concurrence avec les autres pays du monde. On ne joue pas à jeu égal avec la Chine mais on ne peut pas légiférer sur la politique sociale chinoise. On ne sait même pas le faire au sein de l’Europe mais le Frexit résoudrait magiquement tous les problèmes...

Si la France quittait l’union européenne et fermait ses frontières pour couper les importations (ce qui plomberait irrémédiablement les exportations car les autres pays ne vont pas se laisser faire), je crois qu’il faudrait retourner vivre à la campagne, sans électricité, sans eau courante, à fabriquer des sabots en échange d’un litre de lait. Certains français veulent ça et ils l’ont même déjà expérimenté de manière réussie d’après leurs attentes (par exemple, dans la ZAD de Nantes) mais il ne me semble pas que ce soit le cas pour une grande partie de la population française. Mais d’autres français ont une solution toute trouvée au problème : il suffit de taxer plus les ultra-riches pour financer le bonheur des Français ! Je crois que les ultra-riches vont alors se barrer à l’étranger pour ne pas se faire taxer, ils en ont justement les moyens et le font déjà, et que les revenus de l’état français (c'est-à-dire ce qui finance les hôpitaux et les écoles) seraient alors en forte baisse... Alors, faut-il taxer moins les ultra-riches pour qu’ils investissent en France et fassent ainsi refaire partir l’économie et l’emploi ? Je crois que ce n’est pas gagné d’avance, la seule motivation pour ces gens-là d’investir en France est de se faire encore plus d’argent, parce qu’il y a un marché à prendre...

Ne connaissant pas l’ensemble des tenants et aboutissants des problèmes sociaux rencontrés en France, qui sont pour moi très complexes, même si certains aspects semblent évidents, je ne peux pas dire si telles mesures, ou telles autres, pourraient résoudre ou pas ces problèmes. Prenons par exemple, les «35 heures» : à l’époque, le gouvernement pensait que cela allait diminuer le chômage par le partage du travail... Les «35 heures» ont assurément créé des emplois dans le secteur des loisirs (incluant le bricolage : tout le monde n’est pas parti en RTT à l’autre bout de la planète mais pas mal de salariés ont profité du temps libre pour améliorer leurs logements en bricolant chez eux). Mais le travail dans l’industrie, ou dans d’autres secteurs, n’a pas vraiment été partagé et les «35 heures» n’ont pas précisément produit l’effet espéré ! Donc, je suis obligé de croire que certaines mesures économiques pourraient avoir un effet positif sur la société française, alors que d’autres auraient un effet négatif. Mais ce ne sont que des croyances, comme je crois que les fées n’existent pas (qui sait, elles existent peut-être réellement, d’autres croient bien qu’un mec a marché sur l’eau). De plus, je crois que 90 % de la population française n’en sait pas plus que moi. Pire, je crois même que les hommes et femmes politiques populistes qui mettent en avant des idées simplistes n’en savent pas plus que moi, car ils se contentent d’amadouer leur électorat sans qu’il n’y ait de réelles analyses économiques derrière ces «promesses».

L’économie est loin d’être une science exacte, comme la plupart des sciences (mais au moins, il y a une certitude : on ne peut pas prédire le futur de manière précise) mais comme dans toutes sciences, pour comprendre un système, il faut faire des expériences ou des essais, à plus ou moins long terme. Parfois, ces expériences échouent et en matière d’économie, une expérience ratée se traduit généralement par des milliers de personnes supplémentaires dans la pauvreté. Mais alors, comment diminuer la pauvreté en France (ou mieux, dans le monde, mais c’est hors propos pour les populistes de droite), sans risquer de l’accroître ? Beaucoup ont des avis tranchés au scalpel sur les potentielles solutions à ces problèmes sociaux, mais comment font-ils ? Sont-ils cons, simplistes, opportunistes, idéalistes ou doux rêveurs ? Ou au contraire, sont-ils particulièrement clairvoyants, voire même devins ? Moi, je n’en sais rien (même si j’ai aussi une croyance sur cette dernière question), je suis ignorant comme beaucoup de personnes, mais certaines ignorent aussi qu’elles n’en savent rien et c’est bien là le problème... Si tous ces «devins» auto-proclamés pouvaient me faire une vraie démonstration de la viabilité de leurs solutions, je suis preneur. Sauf qu’aujourd’hui, on n’entend que des réponses du style «tout le monde le sait, c’est évident !», «ça marche ailleurs ou ça marchait avant !» (sans préciser le contexte qui est généralement différent) ou, tout connement, «faites-moi confiance !». Alors que ou qui croire ?

Je sais juste qu’il faut se prendre par la main (et qu’aller manifester en demandant aux autres des réponses aux problèmes ne sert à rien) et se gérer soi-même sans attendre d’aide d’autrui, en particulier des politiques ! Par exemple, j’ai assez argent pour aller faire mes courses chez les petits commerçants, fromager, boucher ou poissonnier se fournissant auprès de producteurs locaux ? En bien, je le fais parce que je crois que cela est meilleur pour ma santé mais aussi pour l’économie locale, même si c’est plus cher, et sans attendre une loi m’incitant à le faire. Pourtant, certains de nos concitoyens voulaient une loi pour que les agriculteurs français soient privilégiés (ce qui semble légitime) mais ces mêmes concitoyens veulent aussi continuer d’acheter leur Nutella pas cher dans des supermarchés... Si on veut privilégier les agriculteurs français, ne faudrait-il pas désavantager, par exemple, les produits bourrés d’huile de palme produite de l’autre côté de la planète en dévastant sauvagement des forêts primaires ? Pour les désavantager, on peut restreindre les importations de ces produits qui seront plus rares sur les rayons des supermarchés, donc plus chers... Ou alors, peut-on directement taxer ces produits, ce qui reviendrait au même ? Désolé, je viens de prononcer un gros mot... Alors, faudrait-il au contraire baisser le prix des produits français en subventionnant les agriculteurs avec l’argent public récolté par la taxation des plus riches ? Zut, encore le même gros mot... Ou alors, faudrait-il une loi qui oblige les riches à acheter des produits français plus chers pour que les pauvres puissent continuer d’acheter pas cher leur pâte à tartiner à l’huile de palme ? Cette hypothétique loi ne serait-elle pas absurde ? La France n’est-elle pas absurde en se déclarant malheureuse, alors que finalement, tout n’est pas si mal, même si on peut améliorer des choses ?

Bonne année 2020, quand-même, et profitez de vos vacances (et des RTT ;-)) si vous le pouvez !

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