Le goût des (autres) voyageurs !

Article n° 194, publié le 7-Mai-2022, par Christophe.

BD ultracrepidarien 1

BD ultracrepidarien 2

BD ultracrepidarien 3

Le top 10 des plus beaux pays, ou du plus beau voyage ou encore le pays qu’on doit impérativement visiter en 2022... Je n'apprécie guère les articles de journaux ou de blogs qui commencent par ce genre de titres, tout comme l'individu qui proclame sans connaître son interlocuteur : «tu dois absolument faire le Truchmukistan, c'est fabuleux !» (ou la version négative «Pourquoi tu vas à Papaïchton ? C'est nul !»). Je comprends qu'on ait envie de partager son expérience (ce que nous faisons nous-mêmes via nos carnets de voyage), pour que d'autres profitent de celle-ci, mais pourquoi être si directif ? J'ai écrit plusieurs articles tentant de démontrer qu'il ne peut exister un plus beau pays au monde et dorénavant, je ne répondrais plus à la question «quel est le/mon/notre plus beau voyage ?» même si j'ai eu la prétention de vouloir le faire lors d'un vieil article sur ce blog, avant de me raviser dans un autre article et de faire un petit outil dans un tableur pour permettre à mes rares lecteurs, de trouver un de nos carnets de voyage qui pourrait les aider pour la préparation de leur propre voyage. Mais alors, pourquoi est-il impossible de répondre à la question «quel est le plus beau voyage» ?

1- Le plus beau voyage d’un individu X ne garantit absolument pas qu’il le soit pour un individu Y !

C'est simple : je me vois mal conseiller à quelqu'un amateur de randonnée en haute montagne, d'aller passer une semaine aux Maldives, en clamant haut et fort que c'était mon plus beau voyage ! Cela dit, ça ne risque pas car je n'ai pas trop aimé plonger aux Maldives à cause des forts courants et du corail qui était dans un état pitoyable après un fort épisode «El Niño». Cependant, je pourrais conseiller l'île de Bonaire à un plongeur, île que j'apprécie particulièrement parce les plongées s'y effectuent du bord, en autonomie, à l'heure que l'on veut (c'est-à-dire sans le stress de louper le départ du bateau de plongée), sur des fonds assez riches. Mais un plongeur attiré par les plongées profondes ou l'observation de gros poissons (généralement des requins) n'aimera pas Bonaire alors que les Maldives l’auraient comblé ! Nous avons tous, heureusement, des goûts et des points d'intérêt différents (même si parfois, je me pose la question en observant le comportement grégaire de l’Homme) et cela doit être pris en compte avant de conseiller une destination à quelqu'un !

2- Assouvir pleinement sa passion lors d'un voyage ne garantit pas de faire le plus beau voyage !

Voici 3 exemples de safaris photo : l'un en Afrique du Sud, au parc Kruger, un autre en Namibie, dans le parc d'Etosha et un dernier au Botswana, à Moremi et Chobe. Le principal point d'intérêt est identique pour ces trois voyages : l'observation des animaux d'Afrique. Si pour classer ces 3 safaris, on utilise le nombre d'éléphants, de guépards ou de lions observés, le Botswana se dégage nettement du lot. Cependant, ce seul critère ne me semble pas suffisant car, par exemple, nous avons visité le parc Kruger par nous-mêmes au volant d'une citadine, Etosha aussi par nous-mêmes, au volant d'un 4x4 avec la tente sur le toit, et Moremi en voyage de groupe (et arbitrairement, en barque pour Chobe). On pourrait imaginer que je recommanderai de visiter la Namibie parce que le 4x4 avec la tente sur le toit, ça fait plus aventurier, ou le Botswana pour la diversité de sa faune, mais pourtant, je recommanderais en premier de visiter Kruger, parce que parcourir le désert namibien seul, sans expérience de l'Afrique Australe, est parfois très stressant et qu’un voyage de groupe n’est pas la meilleure des conditions qui soit pour l'observation des animaux. Les conditions de voyage jouent donc beaucoup sur la réussite d'un voyage, et parfois ça se joue parfois sur des détails qui semblent insignifiants !

3- Se rendre de l'autre côté de la Terre ne garantit pas de faire le plus beau voyage, et vice-versa !

Le plus beau voyage peut tout à fait être un simple week-end de randonnées dans les Pyrénées ! Après deux mois de confinement, par exemple, le fait de revivre (et non pas vivoter derrière un écran de télé ou d'ordinateur), lors une petite escapade à côté de chez soi, peut parfaitement laisser des souvenirs impérissables, souvenirs qui feront de cette petite virée le plus beau des voyages. Autre exemple : en 2008, après avoir vécu une période très difficile, mon rêve était simplement de repartir en Guadeloupe, là où nous étions pourtant déjà allés plusieurs fois. Dans ces mêmes conditions, certains auraient peut-être rêvé de la Polynésie Française ou de la Nouvelle-Zélande, mais la Guadeloupe, c'était là où nous avions de beaux souvenirs que je rêvais de revivre à nouveau ! Ce n'était peut-être pas le plus beau voyage dans l'absolu, mais c'est, peut-être, celui qui m'a laissé mes plus beaux souvenirs. Le contexte d'un voyage joue aussi beaucoup sur sa réussite, et parfois pour des raisons pas toujours évidentes !

4- Un gros budget ne garantit pas de faire le plus beau voyage !

Prenons l'exemple de notre voyage en Nouvelle-Calédonie en 2010, voyage au budget très conséquent, pendant lequel nous avons subi quelques déconvenues météorologiques alors que nous avions statistiquement choisi une période favorable. Nous avons tout simplement manqué de chance, mais cela a un peu gâché le voyage ! Et encore, ce n'était rien par rapport à l'anicroche logistique suivante : les horaires du ferry entre l'Île des Pins et Nouméa ont été changé à la dernière minute et au lieu de découvrir la baie d'Oro qui doit être la plus belle baie de Nouvelle-Calédonie, nous avons dû prendre l'avion pour rentrer bien plus tôt sur Nouméa. Nous étions terriblement déçus puisque le budget nécessaire pour un séjour dans l'archipel ne nous permettra peut-être plus d'y retourner pour découvrir la baie d'Oro (parce que, par choix personnel, nous préférons consacrer ce budget pour des destinations totalement inconnues, ce qui n'est plus le cas de la Nouvelle-Calédonie). Sur l'île de la Réunion ou en Martinique, des grèves de pompistes ou la météo nous ont parfois joué de mauvais tours, mais ça ne nous semblait pas grave car nous pouvions plus aisément y revenir sans problème de budget. Le prix d’un voyage peut être à double tranchant dans la réussite d’un voyage !

5- Refaire son plus beau voyage jusqu'alors, ne garantit pas de refaire un aussi beau voyage !

Hormis la météo, les problèmes de logistiques (grève, panne, annulation de vol ou de traversée, perte de bagages, etc...), plein de paramètres peuvent changer le déroulement d’un voyage, en bien ou en mal ! Nous aimons la plongée, l’observation et la photographie de la faune sous-marine, et pour cela nous avons fait deux voyages assez similaires en Asie : l’un à Bali, destination choisie un peu par défaut (parce qu'il n'y avait plus de place pour partir aux Philippines) et un autre (justement) aux Philippines, dans les Visayas, que nous voulions faire depuis plusieurs années. Les fonds sous-marins et la faune étaient bien moins intéressants à Bali, mais pourtant le voyage dans cette île indonésienne a été bien plus réussi que celui aux Philippines parce que les participants (en grande partie de nationalité suisse) du voyage à Bali étaient bien plus sympathiques que les plongeurs parisiens qui participaient au voyage aux Philippines. Puis, même si nous retrouvions exactement les mêmes personnes pour retourner à Bali, rien ne dit que l’ambiance du voyage serait la même (ça serait peut-être mieux ou moins bien, qui sait ?), car en quelques années, ces personnes, nous y compris, auraient changé en vieillissant. Le facteur humain joue beaucoup sur la réussite d'un voyage et celui-ci est totalement imprévisible !

6- Se rendre dans un endroit qualifié de paradisiaque ne garantit pas de faire le plus beau voyage !

Les Bahamas, les Maldives, les Seychelles, ou encore les îles Tuamotu... Les voyages dans ces îles qualifiées de paradisiaques sont généralement synonymes des séjours en hôtel-club, en «all inclusive» qui plus est, car ces hébergements sont quasiment les seuls disponibles sur ces îles. Mais un hôtel-club en «all inclusive», c'est une grande piscine, à 50 mètres de la mer, avec plein de transats autour et des gens avachis sur ces transats qui picolent à longueur de journée entre leurs passages aux restaurants de l'hôtel où ils se bâfrent d'une cuisine rarement locale. Parfois, ces touristes font une excursion à la journée, c'est à dire un passage rapide sur les points d'intérêt de l'île pour entrecouper de longues heures de shopping dans des centres commerciaux... Pour moi, un séjour dans un hôtel-club en «all inclusive» ressemble un peu à l'enfer touristique, même si j'exagère très largement le trait (en tous cas, c'est loin d'être le paradis). Alors, pourquoi tant de gens pensent qu'un séjour dans ces îles est forcément un beau voyage ? Ou pire, pourquoi certains vanteront-ils un séjour dans ces îles alors qu'ils s'y sont ennuyés comme des rats morts, avachis sur leur transat ? Par préjugés, tout simplement ! Préjugés sont souvent implantés dans l'imaginaire collectif par les tour-opérateurs à grand coup de campagnes publicitaires (diffusées pendant les fameuses minutes de cerveau disponible) qui vantent le paradis sur Terre : «puisqu'on vous dit que c'est le paradis dans nos hôtels, c'est que c'est le paradis !». Le pire est que ces préjugés sont à double tranchant : ils peuvent embellir artificiellement un voyage ou, au contraire, le pourrir comme pas possible ! Par exemple, beaucoup de personnes ont des préjugés négatifs (complétement infondés) sur la Guadeloupe et même si ces personnes se rendent dans l'archipel (et y font un beau voyage, malgré elles), elles camperont sur leurs positions et ne changeront pas d'avis : pour elle, la Guadeloupe, c'est nul, point final !

Une seule conclusion s'impose : le plus beau voyage n'existe pas dans l'absolu et je ne saurais conseiller une destination à quiconque pour en faire un ! Au mieux, je peux donner des informations sur une destination où nous sommes allés, donner nos impressions qui resteront forcément très personnelles, mais ça s'arrête là ! Et cela devrait être le cas pour n'importe quel blogueur ou journaliste, mais des ultracrépidariens (ce n'est pas une insulte du capitaine Haddock) seront toujours capables de déclarer que telle destination est le must absolu où tout le monde doit se rendre, car ils ont le don de toujours tout savoir sur tout, dans tous les domaines, et ils savent aussi ce qui est bon pour n'importe quel quidam car il est impossible que d'autres personnes n'aient pas les mêmes points d'intérêt et goûts qu'eux, puisque détenteurs de la connaissance universelle de manière innée, ils s'intéressent forcément à ce qui se fait de mieux au monde ! D'accord, cela n'empêche pas de conserver son libre arbitre, on peut laisser ces ultracrépidariens parler (ou écrire), sans les écouter (ou les lire), et faire ensuite ce que l'on veut, mais ça m'énerve tout de même !

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