Tous touristes ?

Publié le 2-Juin-2018, par Christophe.

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La vie est comme une boîte de chocolat... Une cabine d'avion aussi ! On va y trouver toutes sortes de touristes, ceux qui vont passer une semaine en hôtel-club «all inclusive», les lèvres scotchées sur un verre de mojito, ceux se préparant à la traversée de l'île (n'importe laquelle) en randonnée, ceux qui vont faire de même en quad, ou en scooter des mer, ou encore ceux qui vont explorer systématiquement tous les musées de la région visitée... A part la première catégorie pour qui se rendre au «Center Park» du coin leur aurait permis d'économiser du kérosène, ou ceux qui vont utiliser des moyens de locomotion extrêmement bruyant comme un quad ou un scooter des mers au détriment de la quiétude des lieux, et avec qui nous n'avons pas du tout la même vision du voyage, les autres catégories de touristes nous sont complètement compatibles et nous évoluons même, au gré de nos voyages, dans ces différentes catégories. Mais sommes-nous vraiment tous touristes, un terme à consonance extrêmement négative ?

Tout d'abord, il est intéressant de revenir sur l'origine du mot touriste : il provient de l'anglais «tourist» (qui l'eu cru) qui est dérivé de «tour» (cette fois, un mot français) qui fait référence à un voyage au cours duquel différents endroits sont visités. Même si ce terme est apparu au XIVème siècle et concernait les voyageurs anglais, les premiers touristes étaient à la Renaissance, des jeunes nobles voyageant à travers l'Europe, à l'occasion du «Grand Tour» qui avait un but éducatif, c'est-à-dire la découverte d'autres cultures (c'est du copié-collé de la page Wikipedia). En cela, l'origine du terme ne contient rien de péjoratif. Mais depuis, le touriste est devenu celui qui ne sait rien, mais qui croit tout savoir et qui ne veut pas apprendre (un étudiant que l'on traite de touriste est celui qui se présente à un examen, sans rien avoir révisé et sans rien connaître). De plus, les touristes d'aujourd'hui sont pressés, ils veulent tout «voir» dans un minimum de temps, sans prendre le temps. Le voyage n'est plus qu'un produit qu'achètent à la va-vite les touristes dans un catalogue d'agence de voyage rempli de photos de piscines d'hôtels-clubs «all inclusive»... Bref, le stéréotype du touriste par excellence, c'est le personnage de Jean-Claude Dusse des films «les Bronzés» (ou les autres personnages des films comme celui joué par Gérard Jugnot), à qui personne n'a envie de ressembler.

Bien évidemment, nous, comme un grand nombre de bloggeurs «voyage», sommes des «voyageurs» et non pas des «touristes» et la nuance est d'importance (et malheur aux félons qui osent nous traiter de «touriste» : pour laver un tel affront, nous les pourfendrons de la lame de notre opinel ! :-$). On pourrait d'ailleurs croire que tous les bloggeurs «voyage» ne sont pas des touristes, pourtant quand je parcours certains blogs bien plus visités que notre site (oui, je le reconnais, je suis jaloux, mais http://amvdd.fr est quand-même bien mieux que ces sites), il m'arrive de ne pas m'y attarder très longtemps, en particulier quand je découvre que 99,9 % des photos sont des selfies cadrés en gros plan (où l'arrière plan est à peine visible) et que le texte est limité à «j'ai visité ça !» sans la moindre explication (au moins, un «j'ai aimé, ou détesté» avec une petite argumentation serait le bienvenu, avec un rapide descriptif du site visité, descriptif qui ne soit pas un copié-collé de la page Wikipedia ou de la page internet du site touristique en question). Ces blogs ne sont guère utiles pour préparer un voyage (ce qui est peut-être le cas de http://amvdd.fr mais cela serait bien étonnant et même si c'est le cas, prière de ne rien me dire ;-)) car leurs auteurs n'ont visiblement pas appris grand-chose lors de leurs voyages. Il me semble alors que les auteurs de tels blogs ne sont que des «touristes» qui nous rappellent ceux que nous avons croisés en 2008 sur l'île de Marie-Galante : ils sont juste descendus 30 secondes du bus, en restant à moins de 2 mètres de la porte du bus, pour faire la photo de la plage, c'est à dire un selfie qu'ils ont dû publier sur Facebook avec la mention «On est au paradis !», alors qu'ils n'ont même pas profité de la plage ! Bref, des touristes «Vini, (pas tout à fait) Vidi, (mais vite) Reparti» !

A l'inverse, quand d'autres blogueurs «voyage» doivent ouvrir notre site, ils doivent certainement en repartir aussi vite qu'ils sont arrivés, parce que nous avons visités et aimés des endroits très touristiques comme Geysir en Islande (alors que nous n'avons pas visité l'intérieur de l'île), ou à l'inverse, parce que nous avons détesté la visite de la ville de Woodville au Mississippi, la ville du Blues, qui doit, si on en croit le «Guide du Routard», avoir des charmes inouïs (mais trop bien cachés). Pour notre défense, nous trouvons que ça doit être idiot d'aller en Islande sans assister à une éruption de Strokkur, ou de perdre du temps dans une ville où tout est délabré. C'est notre vision du voyage, à nous (puis, à 8 heures du soir ou du matin, le site de Geysir n'est pas du tout touristique), alors que d'autres voyageurs sont systématiquement dans la recherche de l'authentique (comme dans «Jean de Florette») et n'hésitent pas à sacrifier la visite d'«Angkor Vat» pour passer quelques heures dans un village perdu dans la jungle cambodgienne, où des coiffes traditionnelles khmers sont encore tissées à la main (c'est un exemple complètement imaginaire et fantaisiste mais qui doit cependant être tout à fait réaliste). Je comprends tout à fait que la visite de l'élevage de crocodiles du lac «Tonlé Sap», à côté d'Angkor, est trop touristique (c'est à dire trop fréquenté par des «touristes», au sens péjoratif du terme,) alors que cette ferme n'a aucun intérêt touristique (au sens originel du terme, c'est à dire sans réel intérêt éducatif), qu'il y a beaucoup de touristes «Vini, Vidi, Reparti» sur les marches «Angkor Vat» (ou à dos d'éléphants), mais ne pas contempler de longs instants et sous tous les angles, cette incontournable merveille de l'architecture Khmer par «snobisme touristique», c'est quand même un comble, non ? Alors ne parlons même pas de ceux ayant plongé en Mer Rouge, sans avoir vu la moindre pyramide égyptienne ;-)...

En conclusion, le touriste, c'est un peu comme un téléspectateur à la recherche de programmes télévisuels. Certains «beaufs» se complaisent à mater des téléréalités déplorables comme «les marseillais à Tombouctou», alors que d'autres ayatollahs de la culture ont totalement banni la télévision de leur environnement (j'ai même lu un commentaire d'un de ces ayatollahs sur un journal en ligne : il prétendait qu'on pouvait mesurer l'inculture des gens, à la taille de leur téléviseur et à leur abonnement à Canal+). Mais il existe pourtant des choix moins extrêmes : France 2 a diffusé l'an dernier, l'excellente série documentaire «Le peuple des océans» et cette année, c'est «Planète bleue». Ces séries m'ont émerveillé et appris beaucoup de choses (j'étais vachement plus «culturulisé» après les avoir regardées), bien que restant des séries documentaires classiques (mais passionnantes et de grande qualité). Et pour ceux préférant les chemins en dehors des sentiers battus, chaque émission de la série «Les nouveaux explorateurs» de Canal+ fait découvrir un pays par le biais de ses musiciens, de ses grapheurs ou de ses cuisiniers (sans être les grands chefs gastronomiques du pays). J'aime moins bien ce genre d'émissions (à l'exception des épisodes sur la cuisine) principalement à cause du style, mais elles sont tout de même intéressantes et «culturulisantes» ;-). Puis, c'est comme pour les voyages, Il en faut pour tout le monde, selon ses goûts, ou ses moyens, et au diable, les ayatollahs de la culture, ou de l'aventure !

PS : Quant à ceux chevauchant de mugissants scooters des mers et autres touristes «Vini, Vidi, Reparti» (surtout s'ils passent leurs soirées dans un «all inclusive», les lèvres scotchées sur un verre de mojito), inutile d'en dire plus, mais la question se pose tout de même : ces «touristes» se complaisent-ils à mater des téléréalités déplorables quand ils sont derrière leurs télés ?

Post-PS : Tout ça me rappelle l'année où nous sommes partis en Namibie (en «self-drive», au volant d'un 4x4). Pour préparer ce voyage, nous avions (inutilement) visité le salon du tourisme à Toulouse où nous avions consulté sur un stand, le catalogue d'une agence de voyage estampillée «aventure». Les «agents de voyage» de cette agence nous avaient alors pris de haut, sans prendre au sérieux nos demandes : quand Anne-Marie leur avait expliqué qu'on avait déjà fait un voyage en «Afrique du Sud» dans le même style que leurs voyages, leur réponse aurait pu être traduite par «Parles toujours mythomane !». Nous ne devions être pour eux que des adeptes du tourisme de groupe en autobus dans l'ouest américain, nullement intéressés par leurs produits...

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