A votre avis ?

Publié le 6-Avril-2019, par Christophe.

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20 ans auparavant, on ne pouvait faire confiance qu'aux guides de voyage pour avoir des recommandations sur des restaurants ou des hébergements touristiques. Ces informations étaient généralement fiables, même si on pouvait être assuré de manger dans un restaurant où l'on ne retrouverait que des français ayant déposé leur guide bien en évidence sur la table pour bénéficier de l'apéro ou du digestif gratuit. Sans guide de voyage en poche, on pouvait aussi faire confiance au bouche à oreille pour trouver des adresses où manger et où dormir, même si l'on risquait de se retrouver chez le bon vieux cousin John qui cuisinait une tambouille infâme, mais solidarité familiale oblige, la personne qui vous avait conseillé ne pouvait pas recommander quelqu'un d'autre que son cousin. Puis sont apparus les premiers forums sur internet où les voyageurs pouvaient s'échanger des bonnes ou mauvaises adresses. Ensuite sont apparus des sites comme «Bad Trip Monitor» (supprimer le mot «Bad» et remplacer «Monitor» par «Advisor»), des sites internet spécialisés dans la notation d'hôtels, d'hébergements touristiques, d'attractions touristiques, voire même de réserves naturelles comme si elles étaient un produit de consommation comme un autre (ce que certains internautes notent et commentent sur ces sites est vraiment aberrant). Mais, peut-on faire confiance à tous ces avis déposés sur «Bad Trip Monitor» ?

Déjà la question à se poser est : peut-faire confiance en un parfait inconnu, quelqu'un qui n'aura certainement pas les mêmes goûts que vous ? Il aime se la couler douce au bord d'une piscine d'un «All Inclusive» et vous allez suivre son avis quant à un safari de trois jours au fin fond du delta de l'Okavango où le moindre point d'eau est infesté de crocodiles ? Et encore, cela ne serait pas bien grave s'il n'y avait pas des véritables psychopathes qui se défoulent sur «Bad Trip Monitor». Par amusement, en regardant les avis concernant des restaurants que nous fréquentons et apprécions, j'ai classé ces individus à risque par profils comme l'éternel mécontent, le pingre, le vengeur masqué, l'ahuri ou encore le faux rédacteur de guide touristique... Pour s'en rendre compte, il suffit de lire l'ensemble de leur œuvre : ce sont toujours les mêmes mots clefs qui reviennent dans leurs avis peu éclairés. Il convient bien évidemment de les éviter mais parfois, ce n'est pas si simple car le pingre peut se confondre avec l'éternel mécontent, on ne les différencie que par quelques avis positifs pour des établissements proposant des buffets à volonté pour un prix modique. Quoiqu'il en soit, voici un rapide résumé des profils à éviter :

➜ L'éternel mécontent : il ne saisit son clavier que pour se plaindre, rien ne va dans ce monde qui se ligue contre lui ! C'est le sociopathe par excellence, inutile de s'étendre sur ce profil.

➜ Le parisien : c'est presque un éternel mécontent mais celui-ci compare tout par rapport à la «Capitale» où il se fait ce qu'il y a de mieux au monde. Ses éloges ne manquent pas pour la moindre adresse parisienne (sauf exceptions, parfois nombreuses, qui confirment la règle) mais en province ou à l'étranger, ses avis sont souvent acerbes.

➜ Le pingre : c'est toujours trop cher pour lui ! Généralement, il attend la qualité et le service d'un «5 étoiles» dans un établissement pratiquant les tarifs d'un boui-boui sénégalais. Bref, un profil très répandu parmi les commentateurs de «Bad Trip Monitor».

➜ Le vengeur masqué : pour une raison X ou Y, cet individu s'est cru outragé (de base, c'est peut-être une pingre, ou un parisien) et il a décidé de se venger en postant un long avis apocalyptique pour descendre en flamme un établissement en des termes peu élogieux. A noter que parfois, se cache derrière ce profil, le concurrent direct de l'établissement attaqué !

➜ Le professionnel : il possède son propre établissement, il compare donc par rapport à ses prestations, ou pour être exact, par rapport aux prestations qu'il estime fournir à ses clients (son auto-jugement peut être parfaitement erroné). Généralement, on retrouve dans ses commentaires du «chez moi, on ne prend pas le client pour...» et il attend que son «pseudo-concurrent» soit irréprochable... D'accord, ce concurrent a peut-être oublié de mettre la fourchette à 3 cm à +/- 0.1 mm de l'assiette, mais franchement, si c'est délicieux dans l'assiette, on s'en contrebalance (même si cette petite erreur peut être révélatrice de pratiques douteuses en cuisine).

➜ Le propriétaire : il s'auto-note par le biais d'un nom d'emprunt et ses avis ne portent que sur une seule adresse, la sienne. Il est bien évidemment dithyrambique : on est dans le meilleur établissement de la planète ! Quant à celui qui paye un «prestataire», ou demande à ses amis, pour poster de bons avis : c'est quand même bizarre d'avoir des excellents avis qui ont tous été publiés dans un espace de temps relativement court, non ? Après, cela reste difficile à détecter mais à mon avis, plus flagrante est la triche, moins cet établissement est fréquentable !

➜ Le faux rédacteur de guide : en suivant son itinéraire via ses commentaires en série, on peut vite se rendre compte que ce vacancier était le matin à Venise, l'après-midi à Florence et le lendemain à Rome. Mais alors, pourquoi a-t-il posté un avis du genre «le pire - ou le meilleur - restaurant de Florence», sans avoir eu le temps de manger dans tous les restaurants de la ville ? A noter que ce genre d'individu est aussi capable de rédiger plus de 20 avis concernant différents établissements (proposant la même activité) d'une ville où il n'est resté que deux heures.

➜ L'affabulateur : c'est le genre de personnage capable de critiquer un restaurant, en disant s'y être rendu un soir, alors que ce restaurant est toujours fermé le soir. Il est aussi capable de râler sur le plat de poisson qu'il a commandé alors que le restaurant en question ne propose que de la viande dont c'est la spécialité. Ce profil est malheureusement indétectable lorsque qu'on ne connaît pas l'établissement visé. C'est l'un des plus dangereux psychopathes de cette liste !

➜ L'ahuri ou le bisounours : j'ai l'exemple d'un individu qui a publié cet avis (sur son blog de voyage dédié à la gastronomie, un comble) : «On m'a dit que c'est bon au Pérou, mais dans les petits restaurants populaires (les seuls qu'il a fréquenté puisque d'après lui, la cuisine authentique ne se mange que dans ce genre de restaurants), c'est un peu fade !». Quand on mange pour 5 soles (même pas deux euros) un repas complet, boisson incluse, il ne faut peut-être pas s'attendre à de la haute gastronomie, non ? Mais ce qui a classé définitivement cet individu dans le profil bisounours est la suite de son avis concernant les cochons d'Inde (très appréciés au Pérou, grillés ou cuits au four) : «je ne comprends pas comment on peut manger d'aussi mignonnes petites bêtes» !

Bien évidemment, exception faite de tous ces psychopathes, il reste une grande majorité d'avis qui, dans leur moyenne, permettront de se faire un avis «moyen» mais là encore, j'ai du mal à me fier à ces avis ! Pour preuve, la très sérieuse expérience sociologique de «Asch» qui se résume en quelque sorte par : «les moutons suivent les avis des autres !». Appliqué à «Bad Trip Monitor», on obtient alors l'équation suivante : si tous les avis déjà publiés concernant un établissement sont plutôt bons, ou mauvais, peu de personnes oseront poster un avis contraire à la majorité ! Imaginons par exemple un serveur de restaurant ou un hôtelier demandant à ses clients, Mr & Mme Dupont, contents de leur expérience, de poster un avis (positif, bien évidemment) sur «Bad Trip Monitor». Mais que feront Mr & Mme Dupont, en ouvrant la page internet concernant l'établissement en question avec la ferme intention de poster un avis positif, s'ils découvrent qu'ils sont bien les seuls face à une majorité écrasante d'avis négatifs ? Je suis convaincu qu'il y a 90 % de chance qu'ils ne laisseront finalement aucun avis et qu'il y a même une probabilité d'un ou deux pourcents pour qu'ils rédigent un avis négatif ! Ce qui veut dire que, dès lors qu'un restaurant ou un hôtel a établi une réputation sur internet, bonne ou mauvaise, il y a peu de chance qu'elle change ensuite (du moins, rapidement), même si les prestations rendues par cet établissement évoluent, en bien ou en mal, à cause par exemple d'un changement de propriétaire. Quant aux restaurants ou hôtels qui viennent d'ouvrir, les tous premiers avis postés sur ces sites de notation feront leur réputation à jamais... Navrant, non ?

En conclusion, je pense qu'il faut continuer à se fier aux guides de voyage qu'on utilise fréquemment (et les acheter pour qu'ils continuent d'exister). Certes, il peut y avoir des surprises, des problèmes de mises à jour des informations ou des divergences entre les différentes éditions (d'une année sur l'autre ou d'un pays à l'autre, ce ne sont pas toujours les mêmes rédacteurs, mais ceux-ci sont tout de même cadrés par toute une rédaction) mais leurs reporters ont généralement eu le temps de comparer plusieurs établissements d'une même ville et savent de quoi ils parlent avec une sérieuse expérience. Ainsi, on évite souvent les mauvaises surprises, même si tous les lecteurs de ces guides se retrouveront dans les mêmes établissements qui perdront de ce fait de leur originalité. Puis, il faut parfois demander aux habitants du lieu visité, avec qui on aura sympathisé et qui seront à même de connaître le pire ou le meilleur restaurant de la ville, ou celui du cousin John... Et enfin, pourquoi ne pas faire confiance au hasard ou à son odorat, pour le restaurant d'un soir ? Je pense que c'est parfois plus fiable que les avis sur «Bad Trip Monitor» !

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