En 2021, les vacances, c’est en France !

Article n° 190, publié le 1er-Janvier-2022, par Christophe.

La famille Covid

«En 2021, les vacances, c’est en France !» : c'est ce qu'a déclaré le président de la république française au printemps 2021. Mais, de quoi je me mêle ? Bien évidemment, c'était une décision politique, puis financière, avant même d'être purement sanitaire : le fait que les Français ne partent pas à l'étranger, qu'ils dépensent en France pendant leurs congés, allait quelque peu compenser le manque à gagner du fait de l'absence des touristes américains, japonais ou chinois. Mais le principal problème venait surtout d'un nombre certain d'usagers des réseaux sociaux (incluant bien évidemment, les commentateurs des journaux en ligne) : pour eux, le voyageur était la bête immonde, tel le rat au temps de la peste, qui colportait la maladie à travers le monde (alors que les joueurs de pétanque, sans masque, amassés sur la place du village n'étaient absolument pas responsables de certaines contaminations car bien évidemment, le pastis les protégeait du Covid-19) ! Mais pourquoi tant de haine envers ceux qui auraient bien aimé voyager à l'étranger, alors qu'ils ne pouvaient quasiment pas voyager ?

Petit rappel de l'année 2021 en quelques dates clefs :

➜ Le 31 janvier, le gouvernement français, apeuré par l'apparition de variants anglais, sud-africains ou encore brésiliens du coronavirus, variants réputés plus contagieux, voire plus dangereux, a fortement déconseillé les voyages dans les pays de l'Union Européenne, mais il a aussi quasiment fermé les frontières françaises avec tous les pays hors U.E. ! Pour quitter le territoire français, il fallait justifier d'un motif impérieux (travail, famille...) et lors du retour, il fallait présenter une attestation sur l'honneur que l'on ne présentait pas de symptôme du Covid-19, le résultat négatif de test RT-PCR de moins de 72 heures (le test était aussi demandé pour les voyageurs en provenance d'un pays de l'E.U) et s'engager (sur l'honneur) à passer 7 jours en isolement (et re-test RT-PCR à l'issue de cette période). Aucune date de fin de ces restrictions n’avait alors été annoncée.

➜ Le 13 avril, la France a subitement coupé pendant quelques jours les vols (directs) avec le Brésil à cause de la forte progression du variant brésilien dans ce pays et le 17 avril, les autorités françaises ont décidé qu'à partir du 24 avril, les passagers en provenance du Brésil, mais aussi d'Argentine, du Chili, de Guyane et d'Afrique du Sud devaient dorénavant présenter à l'embarquement un résultat de test RT-PCR négatif de moins de 36 heures (contre 72 heures auparavant), puis refaire un test antigénique à l'arrivée avant de quitter l’aéroport et se soumettre ensuite à un isolement de 10 jours (avec une forte amende en cas de non-respect). L'Inde où l'épidémie était aussi hors de contrôle suite à l'apparition d'un double variant, a ensuite été rajoutée à cette liste le 21 avril et le 7 mai, d'autres pays dont la Turquie où le nombre de nouveaux cas de Covid-19 était en forte baisse après un pic atteint vers le 20 avril, ont rejoint cette liste de pays.

➜ Le 30 avril, s'est tenue une réunion entre les représentants des voyagistes et le secrétaire d'état français en charge du tourisme à l'issue de laquelle, il a été remonté que les voyages touristiques hors de l'Union Européenne ne seraient pas autorisés avant le 9 juin. Le secrétaire d'état a alors expliqué que les destinations seraient classées en zone rouge, orange ou verte. Zone rouge (Brésil, Inde, etc...) : interdiction d'y voyager pour le tourisme, zone orange : autorisation sous conditions à définir et zone verte (les pays de l'U.E., l'Australie, l'Israël, le Japon, etc...) : un simple test RT-PCR ou un certificat de vaccination suffirait pour voyager. Clairement, l'idée du gouvernement était que les Français restent consommer et dépenser dans l'hexagone pour les vacances d'été (mais aussi, paradoxalement, que les Européens viennent passer leurs vacances et dépenser leur argent en France).

Carte des restrictions de voyage

➜ Le 7 juin, la France a enfin pondu officiellement son classement et les conditions associées pour voyager. Par exemple, la Turquie était classée en zone rouge (alors que le 2 juin, la Suisse venait de la retirer de sa liste des pays dont le retour est soumis à quarantaine), ce qui signifiait que, même pour un transit à l'aéroport, on ne pouvait passer par ce pays sans avoir de motif impérieux (à titre informatif, le 17 juin, peu après que le président français a eu rencontré son homologue turc au sommet de l'Otan, la Turquie a été rétrogradée en zone orange). Pour les pays classés dans la zone orange, un motif impérieux était nécessaire pour s'y rendre pour les non-vaccinés !

➜ Le 24 juin, la Namibie a été rajoutée à la liste des pays en zone rouge... Franchement, entre faire la fête place St Pierre à Toulouse, entassés plusieurs heures par centaines les uns sur les autres, forcément démasqués, à beugler comme des demeurés, ou crapahuter seul, dans le désert de Namibie, il y avait fort à parier qu'une des activités était quasiment sans risque du point de vue de la transmission du Covid-19, alors qu'elle était prohibée par le gouvernement français, tandis que l'autre était tolérée... Certains pourraient rétorquer qu'il faut prendre l'avion pour se rendre en Namibie et croiser beaucoup de personnes dans des aéroports. Certes oui, mais voyager dans un bus de supporters montant à Paris pour la finale du championnat de France de rugby (et ensuite fêter la troisième mi-temps dans divers bars parisiens, avant de revenir dans le même bus et ensuite, s'agglutiner place St Pierre à Toulouse), était-ce vraiment moins dangereux que prendre l'avion pour la Namibie (et s'isoler ensuite dans le désert) ? Et que penser des supporters de football s'étant rendus à Budapest (zone verte), pour s'entasser à 61.000 dans un stade ?

➜ Le 17 juillet, l'interdiction de voyager sans motif impérieux dans les pays classés en zone rouge est devenue caduque pour les personnes vaccinées (les vaccins ayant été jugés suffisamment efficaces contre les variants, y compris le variant Delta, précédemment nommé variant indien). L'attestation de déplacement pour les personnes vaccinées entre ces zones rouge et orange ne se différenciait plus que par la mention : «Il est fortement recommandé de ne pas voyager vers un pays de la zone rouge» ! En revanche, le même jour, le gouvernement français réclamait un test RT-PCR de moins de 24 heures (un sésame quasiment impossible à obtenir) pour les personnes non-vaccinées en provenance d'Espagne, du Portugal, des Pays-Bas, de Grèce et de Chypre. Question : entre faire la fête dans des bars bondés du littoral français, ou naviguer tranquillement en voilier dans les Cyclades (en évitant Mykonos, bien évidemment), quelle activité semblait-elle la plus dangereuse ?

➜ Le 23 juillet, l’Inde (pays ayant acheté des Rafales) a été rétrogradée en zone orange... Considérant l’énorme différence de densité de population entre la Namibie, pays désertique (où la vague épidémiologique était en pleine décrue même s’il restait encore officiellement, à cette date, 663 nouveaux cas par jour en moyenne glissante sur 7 jours), et l’Inde, pays aux gigantesques mégalopoles surpeuplées (où la vague de variant Delta était certes passée, mais il y avait encore officiellement plus de 38.000 nouveaux cas par jour en moyenne glissante sur 7 jours, soit un taux d’incidence 10 fois plus faible qu’en Namibie ; cependant, la densité de population à Mumbai est presque 60 fois supérieure à celle de Windhoek, la capitale et ville la plus peuplée de Namibie), dans quel pays était-il vraiment le plus dangereux de se rendre, c’est-à-dire de se faire contaminer en côtoyant un porteur du coronavirus ?

➜ Le 29 août, la Turquie est repassée en zone rouge, bien que le taux d'incidence du pays ait passé un pic aux alentours du 9 août et que ce chiffre était de nouveau à la baisse à la fin août. Malgré ce retard à l'allumage typique du classement français (cela avait déjà été le cas début juin), on aurait pu imaginer que celui-ci obéissait à une certaine logique mathématique, basée sur des seuils du taux d'incidence et/ou du taux de variants détectés parmi les nouveaux cas, on aurait pu.... Mais visiblement, logique et diplomatie semblent être des mots antinomiques !

➜ Le 30 août, l'Europe retirait les USA et l'Israël de sa liste des pays «sûrs» mais la France a mis deux semaines pour réagir en classant, le 12 septembre, les Etats-Unis et l'Israël dans sa zone orange (motifs impérieux nécessaires pour les non-vaccinés). De toute façon, la réglementation de ces deux pays ne permettait pas aux voyageurs français non-vaccinés de franchir leurs frontières, ça ne changeait donc pas vraiment la donne...

➜ Le 13 novembre, devant la recrudescence du nombre de cas en Europe, un résultat négatif de test de dépistage au Covid-19 (RT-PCR ou antigénique) de moins de 24 heures est devenu obligatoire pour les voyageurs non-vaccinés en provenance d'Allemagne, d'Autriche, de Belgique, d'Irlande, de Croatie, de Slovénie (etc..), comme cela avait été demandé le 17 juillet dernier pour les voyageurs en provenance d'Espagne ou du Portugal. A ce propos, la nécessité d’un résultat de test de moins de 24 heures pour revenir de ces deux pays de la péninsule ibérique, n'était devenue caduque qu'à partir du 11 octobre, alors que la situation sanitaire y était bien meilleure qu'en France et ce depuis plusieurs semaines.

➜ Le 26 novembre, le gouvernement français (comme d'autres gouvernements à travers le monde) a pris la décision de suspendre subitement les vols en provenance d’Afrique Australe (Afrique du Sud, Lesotho, Botswana, Zimbabwe, Mozambique, Namibie et Eswatini), en raison de l’apparition en Afrique du Sud d’un nouveau variant du SARS-CoV-2, baptisé Omicron, présentant un nombre extrêmement élevé de mutations et un potentiel de propagation très rapide mais étant peut-être moins virulent que la souche originelle. Le 30 novembre, les autorités sanitaires néerlandaises ont annoncé que ce variant avait été détecté dans un test prélevé le 19 novembre. A part bloquer dans des aéroports d'Afrique Australe (principalement celui de Johannesburg, épicentre du nouveau variant) des touristes voulant rentrer chez eux, les exposant encore plus à la maladie, à quoi a bien pu servir cette suspension des vols ? Retarder l'arrivée du nouveau variant ? Il était déjà là !

➜ Le 4 décembre, zone «rouge écarlate» a été créée pour y classer l'Afrique du Sud, le Lesotho, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique, la Namibie, l'Eswatini, ainsi que le Malawi, la Zambie et l’île Maurice. Aucun déplacement à des fins professionnelles, touristiques, familiales, d’études ou de recherche n’était autorisé dans les pays de nouvelle zone et les rares voyageurs en provenance de ces pays (la France ne pouvaient bloquer indéfiniment le retour de ses ressortissants sur le territoire national) devaient effectuer un test de dépistage avant l’embarquement, un test à l’arrivée et un isolement obligatoire de 7 ou 10 jours ! De plus, un résultat négatif de test de dépistage au Covid-19, de moins de 24 ou 48 heures selon le cas, était devenu obligatoire pour les tous voyageurs, même vaccinés, en provenance d'un pays extérieur à l'Union Européenne. Les conditions pour pouvoir voyager (délai du test avant l'embarquement, test à l'arrivée obligatoire ou aléatoire, quarantaine obligatoire ou isolement, etc...) devenaient d'une effroyable complexité, fruit d'un savoir-faire inégalé des fonctionnaires français...

➜ Le 8 décembre, après seulement 4 jours en zone «rouge écarlate», l'île Maurice a été reclassée en zone rouge tout court sauf, par arrêté préfectoral, pour les voyageurs en provenance ou à destination de l'île de la Réunion. Une règle nationale, sans exception qui confirme la règle, devait être trop simple pour les fonctionnaires français !

➜ Le 18 décembre, un résultat négatif de test RT-PCR ou antigénique de moins de 24 heures, un isolement obligatoire de 10 jours (pouvant être réduit à 48 heures sur présentation d'un résultat négatif de test) et la présentation d'un motif impérieux sont devenus nécessaires pour les voyageurs, vaccinés ou non, en provenance du Royaume-Uni où le nombre de cas du nouveau variant Omicron explosait. Cependant, aucune restriction du même ordre n'avait alors été prise pour les voyageurs de retour du Danemark, pays de l'Union européenne, où situation épidémiologique ne semblait guère plus enviable que celle du Royaume-Uni (pays ayant quelques contentieux avec la France sur les zones de pêche).

Carte des restrictions de voyage

Source principale : www.legifrance.gouv.fr

Bien évidemment, il ne s'agit là que des restrictions de déplacements à l’international mises en place par le gouvernement français. Par exemple, la Nouvelle-Zélande ou l'Australie, bien que classées en zone verte, ne voulaient pas voir le moindre touriste français fouler son sol ! De plus, ces règles quelque peu arbitraires changeant très rapidement, il était impossible de planifier le moindre voyage. Par exemple, nous sommes bien partis en Guadeloupe en janvier 2021 mais à 10 jours près, nous n'aurions pas pu voyager à cause de la mise en place des motifs impérieux pour rejoindre les DOM (voyage qui était prévu en mars 2020 et reporté à cause de la première vague). Alors que l’envie ne manquait pas, nous n’avons pas prévu de voyage au long cours pour éviter de perdre de l'argent à la suite d’une annulation de dernière minute à cause d’un changement de réglementation (les règles de remboursement européennes ne s'appliquent pas partout dans le monde, même dans un pays limitrophe à la France comme la Suisse). Il y a fort à parier que cela a aussi été le cas pour un grand nombre de personnes qui voyageaient fréquemment avant 2020 (la preuve : le trafic aérien mondial s'est effondré en 2020 de 66 % par rapport à 2019, et à la fin de cette année, le trafic ne sera, d'après certaines prévisions, qu'à 72 % du niveau de 2019). Cela veut tout simplement dire que relativement peu de personnes ont voyagé pendant ces deux dernières années, même si elles avaient, à un instant T, l'autorisation de le faire !

Derniers faits avant de conclure : l'Australie a essayé d'appliquer la stratégie «Zéro Covid» en bouclant à triple tour ses frontières, ou du moins, en essayant de les fermer car quelques personnes pouvaient toujours s'y rendre pour un motif professionnel (comme par exemple, les pilotes d'avions cargos utilisés pour l'importation de vaccins, ou d'autres marchandises nécessaires, ou pas ; je ne devrais peut-être pas écrire cela car les antivax vont utiliser cet argument pour prétendre que le vaccin propage le coronavirus, je les entends déjà grâce à la puce 5G qui m'a été implantée lors de la vaccination). Mais cela n'a pas empêché le variant Delta de mettre le pied sur cette île-continent, ni le confinement drastique de plusieurs métropoles du pays qui a suivi à partir de début juillet 2021 (la chaîne de contamination avait débuté par un chauffeur qui conduisait des équipages de compagnies aériennes dans les hôtels de quarantaine). Idem pour la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. Puis, même en Corée du Nord, pays le plus fermé au monde, il semblerait que le coronavirus ait pu y entrer... Cela signifie que même les mesures les plus draconiennes de fermeture des frontières ne peuvent bloquer indéfiniment la diffusion du coronavirus (espérons que le vaccin le permettra quand une grande partie de la population mondiale sera vaccinée).

Mais bien évidemment, le voyageur est dangereux par nature ou par définition, même s'il est resté socialement isolé au fin fond du désert de Namibie, alors que le fêtard franco-français qui, par nature et par définition, n'est jamais socialement isolé, n'est absolument pas un vecteur de transmission du Covid-19. Puis, faire porter le chapeau aux voyageurs, c'est tellement plus simple. On se croirait en primaire : «ce n'est pas ma faute, c'est la faute des autres, des étrangers !» (et pour les plus fachos, c'était de la faute des migrants clandestins). Alors qu’en vérité (je vous le dis, ;-)), c'est à chacun de faire attention, même à son domicile. Et faire attention, ça commence par une règle simple mais quasiment infaillible : limiter ses contacts sociaux ! Réfréner son instinct grégaire qui pousse beaucoup à s’agglutiner les uns sur les autres lors de véritables orgies éthyliques, permet de freiner la propagation du coronavirus alors que limiter les déplacements ne sert à rien dans l'absolu. Au contraire, ces restrictions ont certainement eu des côtés néfastes en regroupant des personnes au même endroit. Par exemple, les sportifs (amateurs) des grandes villes ont été obligés de se côtoyer dans des espaces restreints lors des confinements, alors qu'ils auraient bien pu prendre leurs voitures pour rejoindre de grands espaces naturels où ils allaient croiser très peu de personnes. Idem pour les vacances d'été, le sable du désert de Namibie aurait été plus sain que celui des bars de plage du littoral français... Mais bien évidemment, sans restriction de déplacements, le neveu Kevin de Paris aurait participé à toutes les «rave parties» sauvages de France et de Navarre et tonton Raoul de Perpignan serait allé acheter son pastis à la Jonquera. Quoi ? On me glisse dans l'oreillette que tonton Raoul, un p'tit malin qui sait par où passer pour ne pas se faire contrôler, a quand même été acheter son pastis en Catalogne et qu'il allait même prendre l'apéro chez ses voisins pendant le couvre-feu... O rage, ô désespoir !

Au fait, meilleurs vœux pour 2022, en espérant qu'on finisse par se débarrasser de cette saleté de coronavirus et qu'on pourra voyager, pour aller manger des tapas en Catalogne, plonger en Mer Rouge ou observer les lions à Etosha !

PS : Interrogation écrite pour voir si vous avez bien suivi : est-il plus dangereux de faire la fête place St Pierre à Toulouse qu’observer, seul, les oryx dans le désert de Namibie ? Un indice : peu importe le nom de la destination, voire même le nom du variant (Bêta, Delta ou Omicron), contrairement au comportement du touriste !

Dessin Manque de Recul !

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