Rame la galère !

Publié le 6-Juillet-2013, par Christophe.

BD croisiere 1

BD croisiere 2

BD croisiere 3

BD croisiere 4

Il paraît que les croisières en paquebot attirent de plus en plus de personnes. Les caractéristiques de ces monstres des mers sont pourtant édifiantes : 16 ponts, 2.700 cabines, 5.400 passagers et 2.100 membres d'équipage, de véritables villes flottantes sur «seulement» 300 mètres de long par 50 mètres de large. Pour moi, cela ressemble à un véritable cauchemar mais ça ne m'empêche pas de me poser la question cruciale : pourquoi les gens sont attirés par ce genre de «vacances» ?

Le prix ? Pour une croisière de 8 jours / 7 nuits en Méditerranée en janvier (hors vacances scolaires mais aussi en plein hiver), c'est dans les 300 euros par personne, en prix d'appel. Cela ne comprend que le logement dans une cabine de 12 m², sans vue sur la mer, et la restauration (boisson alcoolisée non comprise, à l'exception du cocktail de bienvenue). Petit détail amusant de l'offre : les pourboires ne sont pas inclus (7 à 10 euros par nuit et par passager) mais automatiquement débités sur la petite note des passagers (je suppose que dans les formalités d'embarquement, il doit être obligatoire de laisser l'empreinte de sa carte bancaire et que l'on peut faire plein de choses, acheter des tas de trucs sans jamais sortir le porte-monnaie de toute la croisière, à l'exception du dernier jour où il faut bien finir par payer la «douloureuse»). Et bien évidemment, aucune excursion n'est incluse dans les 300 euros. Pour ce prix, on reste donc dans sa cabine, sans vue, une huitaine de jours, sans profiter de la ou des piscines puisqu'on est en plein hiver ! Franchement, autant rester chez soi et aller manger dans une quelconque cafétéria de galerie commerciale, les deux formules semblent strictement identiques !

Allez, on va dire que la croisière en Méditerranée en janvier, ce n'est pas le top ! Prenons donc une semaine en mars aux Antilles : 500 euros la semaine par personne, sans le billet d'avion (au départ des îles, il faut donc rajouter un billet d'avion pour se rendre à l'escale de départ de la croisière). Cette fois, on va vraiment pouvoir profiter de la piscine, c'est-à-dire aller poser sa serviette sur une portion des, grosso-modo, 4.000 m² de «plage» située autour de la piscine (qui s'étendrait sur les 2 tiers du navire, c'est déjà beau), soit une portion de 0.7 m² par personne si la totalité des passagers veulent profiter de la piscine en même temps (enfin, je dis juste ça comme ça). Et dire que pour le prix d'une croisière d'une semaine, un couple pourrait louer une voiture de location et un gîte en Guadeloupe (côté Basse-Terre ; se référer à l'article sur les «all inclusive» pour avoir le détail du tarif) et y rester 15 jours en allant sur une plage où l'on peut facilement profiter de plus de 4 m² de sable par personne, ça laisse songeur. D'accord, on reste alors sur une seule île mais avec la croisière, on reste aussi sur le navire, on ne découvre les paysages que depuis le bastingage, il n'y a aucune excursion prévue dans les 500 euros ! Pour descendre à terre et vraiment découvrir une quelconque île, il faut débourser quelques dizaines ou centaines d'euros supplémentaires...

Donc, le prix n'est pas vraiment l'argument qui devrait attirer les croisiéristes. J'ai maintenant peur de comprendre leurs motivations : les salles de musculation, les magasins du bord, le music hall, les boites de nuit, le casino... Tout un tas d'activités qui se font à l'intérieur du navire où l'on ne voit pas le soleil ! Aux Antilles, inutile de dire que c'est pour voir le soleil que j'y vais, pas pour m'enfermer dans les entrailles d'un monstre d'acier. Par contre, c'est peut-être intéressant pour une croisière en Méditerranée en plein hiver mais se faire plumer au casino, est-ce vraiment intéressant ? Ah non, on ne se fait pas plumer ? J'ai quand même peur que les propriétaires de casino ne soient pas des enfants de cœurs gérant une association caritative. Leur but est de gagner de l'argent qu'ils prennent dans les poches d'une très grande majorité de joueurs, pas de faire gagner de l'argent à tous leurs clients !

Bon, espérons que les motivations du croisiériste sont plus «nobles» que l'appât du gain au casino et qu'il va mettre pied à terre pour visiter un peu l'endroit où le navire fait escale, puisque que l'on peut imaginer que l'attrait principal d'une croisière est de découvrir une nouvelle escale tous les jours, ou presque. Et là, j'ai trois exemples qui ne me donnent pas du tout envie de faire une croisière. Pour le reste de l'article, Il est important de noter que si seulement 10 % des croisiéristes débarquent de leur rafiot, ça fait quand même entre 500 et 600 personnes, soit les occupants de presque 10 autocars, qui débarquent en même temps du navire !

Premier exemple : en 2010 sur l'île de Lifou en Nouvelle Calédonie, un paquebot en provenance d'Australie faisait escale aux abords de l'île le premier jour où nous y étions. La population de l'île s'en trouvait alors presque décuplée. Sur les quais où les chaloupes déversaient les croisiéristes, les habitants du village avaient organisé un grand marché, fait venir des danseuses, des musiciens avec des ukulélés, il y avait des vendeurs de crêpes au Nutella (presque)... Je ne vais pas critiquer, les îliens étaient là pour vendre, les australiens pour acheter, au moins, les retombées économiques pour les habitants étaient positives. Mais je ne sais pas ce que les croisiéristes ont pu réellement découvrir de l'île ? Le lendemain, alors que le navire était reparti, la vie normale avait repris son cours, c'était alors beaucoup, beaucoup moins animé, il n'y avait plus rien de festif sur les quais. Le folklore de la veille était retourné dans la naphtaline ! Que vont raconter les croisiéristes à leur retour ? Que les kanaks dansent toute la journée au son des ukulélés en préparant des crêpes au Nutella ? D'accord, ce n'est pas parce que nous y sommes allés en individuel que nous en avons appris beaucoup plus que les croisiéristes sur la culture kanak (sauf, malheureusement, un aspect plutôt négatif de la réalité : l'alcoolisme des jeunes) mais en tous cas, nous savons bien que la crêpe au Nutella ne fait pas partie de la culture kanak, c'est déjà ça ;-).

Au passage, vu qu'un des croisiéristes était venu plonger avec nous, un australien fort sympathique, au tour de taille impressionnant (il lui fallait deux ceintures de plongées, mise bout à bout, pour en faire le tour ; ceux qui ont vu l'excellent film de Pixar, «Wall-E», peuvent s'en faire une idée ;-) et je dis cela sans aucune méchanceté, cet australien était fort sympathique mais aussi très corpulent), nous avons appris qu'il était un des plus jeunes de la croisière (hormis les enfants accompagnant leurs grands-parents) alors qu'il avait dans les 40 - 50 ans et que la nourriture à bord n'était pas des plus raffinées (bien que son tour de taille pouvait faire penser qu'il avalait des quantités de hamburgers issus de la restauration rapide et qu'il ne soit pas fin gourmet). Quand je comparais la restauration du bord à celle d'une cafétéria de galerie commerciale au second paragraphe de cet article, c'est bien sûr à ce témoignage que je faisais référence.

Second exemple : l'archipel des Saintes, île de Terre-de-Haut, en 2000, trois navires de croisière mouillaient dans la baie. L'un des bateaux avait installé un buffet sur le quai pour permettre à ses croisiéristes de venir se désaltérer. Résultat : retombée économique pour les restaurants (ou bars) de l'île quasi-nulle ! Ce n'est pas une information que nous avons extrapolée par nous-mêmes mais une information que nous avons apprise d'un couple de restaurateurs de l'île. Il n'y avait pas non plus de retombée économique pour la municipalité car il n'y avait pas de droit (ou taxe) d'ancrage dans la baie. L'attrait de Terre-de-Haut réside dans le fait que c'est un petit village typique, avec de belles cases créoles, où normalement règne une atmosphère paisible. Inutile de dire qu'avec plus de 2.000 croisiéristes déambulant, parfois en scooter, dans les rues, l'atmosphère de Terre-de-haut ressemblait plus celle de la gare du nord à Paris un jour de grève de la RATP ou de la SNCF (atmosphère, atmosphère, vous avez dit atmosphère ?) qu'à celle d'un village paisible. Nous adorons le village de Terre-de-Haut mais je ne pense pas que ce soit l'avis des croisiéristes qui ont débarqué ce jour là sur l'île.

Troisième et dernier exemple : Dubrovnik, fin août 2011. Le premier matin, nous nous sommes demandés pourquoi la municipalité avait mis des sens interdits pour les piétons ? A 10 heures du matin, nous avons compris : 5 à 6 bateaux de croisières ont déversé, en plusieurs vagues successives et continuelles, leurs passagers dans la ville. Grosso-modo, au plus fort de la journée, l'espace disponible pour chaque touriste dans la ville devait être réduit à une trentaine de centimètres carrés ! Nous avions la chance de dormir dans la cité, nous avons pu découvrir tranquillement cette ville fantastique (car à 5 heures du soir quand tout ce beau monde réembarquait sur leurs rafiots, Dubrovnik redevenait vivable) mais nous connaissons des personnes qui n'ont pas du tout aimé cette ville à cause de la surpopulation touristique, principalement engendrée par les croisières !

En conclusion, le mystère quant à la motivation des croisiéristes reste entier mais j'espère bien en avoir dégoûté quelques uns de faire une croisière dans ce que certains appellent «palace flottant» mais que nous appelons «HLM flottant» (ou «Mirail sur mer») : certes, vu le prix de la cabine, ce n'est pas vraiment modéré comme loyer mais vu la taille des cabines et le nombre d'étages (pardon, de ponts) de ce genre de bâtiment, ça ressemble sacrément à une barre HLM (et même, je suis certain que l'on peut trouver des HLM avec moins d'appartements). D'accord, nous sommes des extra-terrestres supportant difficilement la présence massive d'êtres humains mais avouez qu'il faut quand même avoir une sacrée dose d'instinct grégaire pour passer des vacances dans ce genre de truc.

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