Nœuds marins...

Publié le 3-Mai-2014, par Christophe.

BD marée 1

BD marée 2

BD marée 3

Île de la Réunion, port de St Pierre : 40 cm maximum de marnage, ce qui veut qu'il y a, au maximum, 40 centimètres de différence de hauteur d'eau entre la marée basse et la marée haute. Autant dire que ce n'est presque rien et qu'on peut considérer qu'il n'y a pas de marée à la Réunion (c'est le même marnage qu'en Méditerranée où l'on considère qu'il n'y a pas de marée). Alors qu'à Mayotte, île située à 1.400 km de l'île de la Réunion, on mesure 4 mètres de marnage en moyenne ! Ces deux îles sont pourtant situées dans l'Océan Indien, relativement proches l'une de l'autre, alors comment cela est-il possible ?

Nous avons tous appris à l'école que la Méditerranée subît pourtant bien l'attraction de la Lune et du Soleil mais que l'amplitude de ses marées est trop petite pour être prise en compte. Cela est dû au fait que cette mer n'est pas très grande et bien que reliée à l'Océan Atlantique par le détroit de Gibraltar, celui-ci est trop étroit pour permettre à des quantités d'eau énormes de passer vers ou depuis l'océan (mais cela se fait tout de même, des courants énormes agitent le détroit). L'absence de marée significative à l'île de la Réunion, au beau milieu de l'Océan Indien, ne peut donc pas être due à la même raison qu'en Méditerranée, d'autant plus que l'Océan Indien est bien sujet à la marée comme le prouve le marnage à Mayotte.

Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que la marée est un phénomène vibratoire. Cycliquement, l'attraction lunaire combinée à celle du Soleil stimule les océans, un peu comme des cailloux lancés au milieu d'un lac. Si on lance un caillou dans un lac, une onde se propage à la surface du lac, formant des petits creux et des petites bosses. Pour le lac, la longueur d'onde, c'est-à-dire la distance entre deux creux (ou deux bosses) de l'onde générée par le caillou, est de l'ordre de la dizaine de centimètres et l'amplitude de l'onde, c'est-à-dire la hauteur entre un creux et une bosse, est de l'ordre du centimètre (tout dépend de la taille du caillou et de sa vitesse quand il touche le lac ; si on prend un gros astéroïde qui arrive à une vitesse supersonique, l'amplitude de l'onde sera bien plus importante ;-)). Dans le cas des marées, la longueur d'onde est de l'ordre du millier de kilomètres et l'amplitude (donc le marnage) est de l'ordre du mètre, mais c'est un phénomène vibratoire qui se produit dans les deux cas. On parle d'ailleurs d'onde de marée.

En arrivant sur les rives du lac, l'onde va se «refléter» sur le rivage du lac (surtout si la rive du lac est composée de rochers) et «repartir» dans une autre direction, générant des «croisements» entre les ondes. Pour vulgariser à l'extrême (mais alors, vraiment de chez vraiment), là où une onde formant une bosse «croise» une onde de la même amplitude mais formant un creux au même instant, la somme du creux et de la bosse va donner un plat. A cet endroit là, les deux ondes s'annulent mutuellement et la surface du lac ne va pas osciller. C'est ce que l'on appelle un nœud vibratoire. Dans le cas des marées, c'est exactement pareil et les scientifiques appellent «points amphidromiques», ces nœuds vibratoires qui se forment à certains endroits sur Terre où la marée ne se fait pas ressentir, comme aux alentours de l'île de la Réunion (alors que Mayotte n'est pas située à proximité de l'un de ces nœuds).

Le phénomène d'onde de marée dépend donc de la forme des côtes, de la forme et de la profondeur des fonds sous-marins. Sur Terre, on trouve donc des zones où le marnage est très faible comme l''Île de la Réunion ou les petites Antilles (où en plus c'est cool d'aller plonger) mais aussi des zones où le marnage est très fort (là où deux bosses s'ajoutent si on reprend l'exemple très vulgaire du caillou dans le lac ;-)) comme la baie du mont St Michel (même si le marnage dans cette baie est très important, le dicton qui affirme que la mer monte dans cette baie à la vitesse d'un cheval au galop n'est que pure légende, à moins que ce soit avec un vieux cheval tout fatigué, destiné aux lasagnes surgelées ;-)) ou encore la baie d'Ungava au Canada où le marnage peut atteindre 18 mètres (hauteur d'un immeuble de 6 étages) !

Bien qu'ayant observé ce phénomène depuis 1993, lors de mon premier voyage en Guadeloupe où la marée ne se fait presque pas ressentir (alors qu'un peu plus bas en Guyane, la marée est bien présente), je ne m'étais jamais posé la question (le mer des Caraïbes est certes délimitée par l'archipel des Antilles mais les «canaux» entre les îles laissent passer bien plus d'eau que le détroit de Gibraltar). C'est un collègue, surfeur, qui m'a expliqué cela il y a deux ans (mieux vaut tard que jamais). Donc, j'espère que, comme moi il y deux ans, vous aurez l'air moins con en vous couchant ce soir ;-). Et si vous ne me croyez pas, essayez demain matin dans votre baignoire : avec un petit canard en plastique vibrant pour simuler la Lune (je n'ai pas dit stimuler, soyons clair) et le Soleil, ça doit pouvoir marcher (et ça peut toujours vous faire une justification pour acheter un canard en plastique, pour rechercher les points amphidromiques dans votre baignoire...).

PS : et oui, je suis presque resté sérieux pendant tout un article, presque... Au fait, il est important de noter que nous ne prenons que des douches ;-) !

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